« L’envoi d’avions de chasse russes vise à rééquilibrer les forces dans le conflit libyen »

27.05.2020

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Igor Delanoë: «L’envoi d’avions de chasse russes vise à rééquilibrer les forces dans le conflit libyen»

« Le Kremlin souhaite réaffirmer la présence économique qu’il avait avant la chute de Mouammar Kadhafi », note le directeur-adjoint de l’Observatoire franco-russe

Dans un communiqué du 26 mai, le commandement de l’armée américaine pour l’Afrique (Africom) dénonce le « déploiement par Moscou d’avions de chasse en Libye pour y soutenir les combattants de compagnies de sécurité privées parrainées par l’Etat russe ». Il s’agirait de 8 chasseurs Mig-29 et SU-24 sur la base d’Al-Juffra contrôlée par le maréchal Haftar et destiné à l’appui aérien des mercenaires de Wagner, la société de sécurité financée par Evgueni Prigojine, proche du Kremlin. Objectif : endiguer une contre-offensive des forces fidèles au gouvernement de Tripoli.

Entretien avec Igor Delanoë, directeur-adjoint de l’Observatoire franco-russe à Moscou.

Le déploiement d’avions russes aux côtés des forces du maréchal Haftar est-il de nature à changer le rapport militaire en Libye ?

Il s'agit plus de figer la situation alors que les forces du Gouvernement d'Union nationale (GNA) appuyée par la Turquie semblent vouloir mener une contre-offensive pour affaiblir l’Armée nationale libyenne (ANL, forces d’Haftar) en Tripolitaine et dans le Fezzan. Les chasseurs Mig-29 et SU-24 visent à rééquilibrer les forces alors que les drones turcs ont pris un avantage sérieux dans la bataille aérienne pour le contrôle de Tripoli, entamé il y a un an. Les forces du maréchal Haftar ont abandonné récemment leur base aérienne d’Al-Watiya et perdu des villes comme Sabratha et Sorman. Elles sont acculées à Tarhounah, à 80 km au sud de la capitale, annoncée comme la prochaine bataille. Ce soutien de l’allié russe ressemble plus à la dernière chance offerte au maréchal Haftar critiquée pour son aventurisme stérile et l’absence de volonté de négociation politique avec Tripoli. Il entre dans un jeu de posture avec la Turquie en vue de négociations sur le futur de la Libye. On retrouve là une approche similaire, de part et d’autre, à ce qui se passe sur le théâtre syrien.

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