Signal faible

Arnaud Dubien,

Directeur de l’Observatoire franco-russe

24.07.2019

Le 17 juillet dernier, l’entrepreneur et producteur de cinéma Rouchan Nassibouline était arrêté par la police de Saint-Pétersbourg dans le cadre d’une affaire de détournement de fonds public. Lui sont reprochées des fraudes en vue de l’obtention d’aides du ministère fédéral de l’Industrie pour l’élaboration de textiles innovants par la société Inmed.

Cette affaire, largement ignorée hors des cercles de pouvoir russes, attire l’attention en raison de la proximité avérée entre Rouchan Nassibouline et le patron de la Cour des compte de Russie, Alexeï Koudrine, qui fut actionnaire d’Inmad à partir de 2014. Elle survient sur fond de révélations embarassantes sur les dépenses fastueuses du ministre de l’Industrie, Denis Mantourov, un protégé du patron de Rostec, Sergueï Tchemezov. Beaucoup de gens à Moscou pense que les fuites en question viennent de la Cour des comptes, dont le président Alexeï Koudrine avait par ailleurs déclaré à la mi-juin à la tribune de la Douma d’Etat vouloir contrôler les Corporations d’Etat, dont Rostec est en quelque sorte la quitenscence. L’ancien ministre des Finances et figure de prou des libéraux avait également dit quelques jours plus tôt à la télévision dans une émission très regardée que la pauvreté en Russie était « une honte » et qu’il n’excluait pas une « explosion sociale ». Ces propos lui avait valu un recadrage public de la part du Premier-ministre Dmitri Medvedev et du porte-parole du gouvernement Dmitri Peskov. L’arrestation de Nassibouline peut être analysée comme un tir de barrage des « tchékistes » et des grands barons du capitalisme d’Etat russe contre Alexeï Koudrine, alors que les débats se multiplient sur la politique économique du gouvernement et la succession de Vladimir Poutine en 2024.