Signal faible

Igor Delanoë,

Directeur-adjoint de l’Observatoire franco-russe

25.06.2019

Les opérations limitées menées par les forces loyalistes autour de la région d’Idlib depuis plusieurs semaines remettent-elles en question la politique des cadres menées par la Russie dans les rangs de l’armée syrienne depuis plus d’un an ? Moscou éprouverait un certain mécontentement à l’égard du général Suheil Al-Hassan, le commandant de la formation d’élite « Force Tigre ». Cette unité fait l’objet d’une attention toute particulière de la part des militaires russes qui en ont assurés au cours de l’année écoulée l’équipement, la formation et qui veillent quotidiennement à la sécurité personnelle de Suheil Al-Hassan. Or, les performances de la « Force Tigre » sur le champ de bataille à Idlib auraient laissé songeur ses curateurs russes, et ce, malgré la puissance de feu mise à disposition par Moscou (artillerie, aviation).

Les résultats manifestement décevants obtenus par les forces loyalistes au cours des dernières semaines d’affrontements à Idlib pourraient jouer en faveur des forces pro-iraniennes qui, elles, ne prennent pas part à la bataille. Moscou pourrait ainsi revoir sa politique des cadres menées au sein des rangs de l’armée syrienne et chercher à ouvrir le jeu à d’autres chefs de guerre, quitte à favoriser des éléments réputés plus favorables à l’Iran. Alors que le sommet tripartite de Jérusalem (Russie – Israël – États-Unis) se tient le 25 juin, la bataille d’Idlib aura conforté ceux, parmi les élites politico-militaires à Moscou, qui s’opposent à tout « marchandage » de la coopération nouée avec Téhéran en Syrie contre d’éventuels engagements américains.