Conférence «Efficacité énergétique, écologie et climat : Piliers de la croissance économique»

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L’événement était organisé par le Centre franco-russe pour l’efficacité énergétique, le groupe EDF, l’Observatoire, centre d’analyse de la CCI France Russie, et l’U4E (Union des entreprises pour le développement de l’efficacité énergétique et la sécurité écologique).

La conférence « Efficacité énergétique, écologie et climat : piliers de la croissance économique » s’est tenue dans la journée du 17 mars. La session plénière était intégralement consacrée aux préparatifs de la Conférence mondiale sur le changement climatique COP21, qui se tiendra en décembre 2015 à Paris. Selon Laurence Tubiana, représentant spécial du Ministère des affaires étrangères et du développement international français en charge de la conférence Paris Climat 2015 : « L’objectif est d’aboutir à un nouvel accord contraignant pour l’ensemble des pays du monde ».

L’événement a été ouvert par l’Ambassadeur de France en Russie, Jean-Maurice Ripert : « Le président français François Hollande propose une coopération étroite entre Etats à l’approche de la COP21. La France fera tout pour que l’organisation reste la plus ouverte possible, afin que notre appel soit entendu par le public le plus large possible, - non seulement les autorités russes mais également les cercles scientifiques, les organisations de la société civile, les médias et les milieux d’affaires ».

Le premier vice-ministre de l’énergie de la Fédération de Russie, Alekseï Teksler, a indiqué que la Russie accorde désormais une importance de premier plan aux questions d’efficacité énergétique et d’environnement : « La Russie participe activement au développement de l’efficacité énergétique. Sur ce long chemin, nous devons trouver un équilibre optimal entre l’économie et les questions environnementales, développer de nouveaux modèles de production et de consommation. Le décret signé par le Président Poutine concerne non seulement le secteur énergétique, mais également l’économie dans son ensemble », ce qui nécessite la mise en œuvre de projets d’amélioration de l’efficacité énergétique par toutes les sociétés de Russie, des grandes corporations aux petites et moyennes entreprises.

Le président de la Chambre de commerce et d’industrie franco-russe (CCI France Russie), Emmanuel Quidet, a rappelé que « ces questions étaient auparavant considérées comme des contraintes secondaires. Bien sûr, des réticences demeurent, mais dans l’ensemble, les mentalités ont évolué : nous devons nous adapter à ces nouvelles exigences. Les gouvernements ne peuvent pas résoudre seuls ces questions cruciales, et je suis convaincu que l’on parviendra à se mettre d’accord sur des solutions conjointes lors de la conférence de Paris. Nous avons devant nous une opportunité unique d’assurer la transition écologique de nos économies ».

Selon Laurence Tubiana, le rendez-vous de Paris « entend bâtir un consensus en faveur d’un nouvel accord contraignant pour l’ensemble des Etats ». Mais après la conclusion de cet accord international, les entreprises auront un rôle clé à jouer : ce sont elles qui devront mettre en œuvre les solutions décidées par les gouvernements. Il est essentiel de bien comprendre ce que les directions d’entreprise peuvent faire pour améliorer la situation. Toutes les entreprises doivent en particulier appliquer la même feuille de route. La décarbonisation de l’économie mondiale est un défi à relever en commun, pour le bien des générations futures ». Le sommet définira les principes de l’économie verte en vertu desquels croissance économique et protection de l’environnement ne seront pas seulement compatibles, mais iront de pair. Ce nouveau modèle économique implique une réduction significative de la pression pesant sur les ressources naturelles, ainsi que utilisation maximale des sources d’énergie alternative.

La Russie s’implique dans la lutte contre le changement climatique. « Nous pouvons dire que les conditions nécessaires à la régulation par l’Etat et le marché du développement de l’efficacité énergétique dans les industries russes ont déjà été mises en place. Nous avons surtout besoin d’actions concrètes de la part des structures commerciales et publiques concernées, de mécanismes de mise en œuvre. Dans ce contexte, les échanges d’expérience avec nos collègues français seront très utiles. Il est important de souligner qu’en Russie, la mise en œuvre de nouveaux projets d’infrastructure s’effectue déjà en respectant les nouvelles normes », - a indiqué le représentant spécial du président de la Fédération de Russie pour les questions climatiques, Alexandre Bedritsky.

Nicolas Hulot, représentant spécial du président français pour la défense de la planète a rappelé : « à la conférence de Paris, nous avons l’obligation d’aboutir à un accord. Nous devons nous dire : personne ne sortira de la salle avec le sourire avant d’avoir défini des solutions pratiques ». En Russie en 2010 comme en France, les gens ordinaires se retrouvent face aux conséquences du changement climatique – « Au moment des incendies en Russie, certains de mes amis ont vu leurs entreprises dévastées par des inondations deux fois dans la même année ». « Nous devons bâtir une économie capable de préserver les ressources naturelles au lieu de les piller. Nous devons créer de nouveaux modèles de production, et cela va générer une nouvelle vague d’enthousiasme qui a débuté avec les idées du commandant Cousteau. Nous sommes tous dans le même bateau, et nous risquons de nous noyer. Voilà ce dont nous allons discuter à Paris », - a conclu Nicolas Hulot.

Jean-Paul Boutts, modérateur de la séance plénière et directeur de la planification stratégique du groupe EDF a évoqué le rôle de la Russie dans ce processus : « ce pays est un acteur majeur du marché de l’énergie, il détient également un potentiel considérable en matière de développement et de déploiement de technologies visant à réduire les émissions. « Il faut également garder à l’esprit le rôle joué par la taïga sibérienne dans l’écosystème mondial ».

Les intervenants à la conférence représentant les sociétés russes ont présenté les résultats des mesures prises pour réduire leurs émissions, confirmant sur ce point les analyses du Conseiller du président russe Alexandre Bedritsky. Ces derniers ont également fait un certain nombre de suggestions aux organisateurs du forum.

Le groupe Avtovaz, qui coopère avec Fenice Rus sur les questions d’efficacité énergétique, est parvenu à réduire ses émissions de C02 de 205 000 tonnes par an. Le programme de Gazprom, présenté par Alexandre Ichkov, directeur du département efficacité énergétique et environnement, prévoit quant à lui une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 48.6 millions de tonnes d’équivalent CO2 d’ici 2020 (la réduction annuelle moyenne sur la période 2011-2014 s’est élevée à 25.4 millions de tonnes), ce qui représente une réduction de 25% par rapport au niveau moyen sur la période 2001-2010.

Le portefeuille carbone du groupe « Lukoil » comporte 14 projets représentant un volume total de réduction de 32.5 millions de tonnes d’équivalent CO2 sur la période 2008-2012. Selon le directeur du département de la protection de l’environnement de « Lukoil », Marina Tchikovana, le groupe a divisé ses émissions par 5 au cours des dernières années. En ce qui concerne l’avenir, « Nous sommes prêts à lancer de nouveau programmes d’investissement, mais la limitation des émissions doit prendre en compte la spécificité de notre production. Nous sommes favorables à la mise en place d’une politique incitant à la mise en place de tels programmes, ainsi qu’à la définition « d’étapes » jalonnant les limitations décidées.

Profondément ancré dans le tissu économique russe, le groupe Saint-Gobain a créé une « Académie Saint-Gobain ». Ce bâtiment a été construit en 1961. La rénovation lancée sur la base de nos technologies a débouché sur une baisse de 85% des émissions de gaz à effet de serre. « L’idée selon laquelle des bâtiments économes en énergie ne peuvent être construits que dans les pays au climat doux et clément est fausse. Notre expérience démontre qu’il est possible de réaliser des projets de construction à faible consommation énergétique dans les conditions du climat russe », - a déclaré Gonzague de Pirey, Président de l’Union des entreprises pour le développement de l’efficacité énergétique et la sécurité écologique U4E et directeur général de « Saint-Gobain CEI ».

Les tables rondes suivantes de la conférence « Efficacité énergétique, écologie et climat : piliers de la croissance économique » étaient consacrées à un débat autour de l’entrée en vigueur de la nouvelle version de la loi fédérale « Sur la protection de l’environnement », impliquant la mise en conformité de toutes les entreprises russes avec les nouvelles normes d’efficacité énergétique. La loi introduit le concept de « Meilleures technologies disponibles ». Le texte prévoit également des amendes pour les entreprises ne respectant pas leurs obligations : « Les amendes pour non-respect des normes d’efficacité énergétique pourraient accroitre cette dernière non pas de deux fois, mais plutôt la multiplier par 25-100 », - a indiqué Konstantin Simonov.

La loi fédérale vise à améliorer la réglementation dans le domaine de la protection de l’environnement. La loi a clarifié les concepts de base, y compris les «normes d'émissions admissibles» et les «émissions permises temporairement». Les nouvelles définitions introduites, telles que les « rejets autorisés temporairement », « les meilleures technologies disponibles », « décisions intégrées de l'environnement » et autres. La loi fédérale prévoit en outre de classer les sites industriels en fonction de leur impact sur l'environnement, en créant quatre catégories; introduit des dispositions relatives à la procédure de constat et de versement des pénalités financières en cas d’impact environnemental négatif, ainsi que les personnes devant régler les pénalités ; le texte prévoit par ailleurs la possibilité d'un soutien financier de l'Etat pour les activités menées en vue de protéger l'environnement ; réglemente les questions relatives aux sites industriels affectant négativement l'environnement; élargit la liste des sites soumis à une expertise environnementale par les experts d’Etat au niveau fédéral.

Bien sûr, la question la plus pressante pour les chefs d’entreprises russes est la menace d'amendes en cas de non-respect des normes d’efficacité énergétique.

Konstantin Simonov, directeur général du Fonds national de la sécurité énergétique, Premier Vice-Recteur de l'Université des finances du gouvernement de la Fédération de la Russie, aborde la question sous deux angles dans son discours : la nouvelle loi est-elle un fardeau supplémentaire pour les entreprises ou peut-elle vraiment stimuler la croissance économique? "Il y a quelques temps, la politique environnementale était pour les autorités russes une partie du programme « d’intégration » dans le monde occidental, avec l'OMC et Kyoto. Mais aujourd’hui, dans un contexte de difficultés économiques et de sanctions, nous voyons que l'Etat tient ses promesses sur l'environnement. Voilà ma réponse à la question : pour l’Etat, l’écologie correspond-t-elle à une aspiration sincère ou est-ce une nouvelle rente administrative permettant de collecter de l’argent ? En dépit des discussions sur les thèmes « fermer les yeux sur les questions environnementales ou les ouvrir », la thématique écologique nécessite un traitement actif de la part de la puissance publique, et cette dernière la considère comme un moyen de « relancer » la production industrielle ».

Lorsque tous les moteurs de croissance sont à l’arrêt, il devient nécessaire d’en identifier de nouveaux.- de nombreux participants sont d’accord sur ce point. D’après l'expérience des entreprises françaises, la mise en œuvre de projets d'efficacité énergétique peut générer des économies importantes qui pourront être réinvesties dans le développement de la production, ou allouées à la mise en œuvre d'autres objectifs stratégiques. Un représentant de la société GDF Suez a partagé sa perception de ce qui se passe aujourd'hui en Russie: « Seule une crise et des ressources limitées obligent à réfléchir. C’est ce qui s’est passé en France dans les années 70. La Russie sort du système soviétique, dans lequel on ouvrait les fenêtres pour évacuer la chaleur d’un bâtiment trop chauffé, pour entrer dans un autre système. Le moteur de tous ces changements est toujours le même : le besoin ».

La loi est entrée en vigueur, maintenant la question qui se pose est comment sera-t-elle mise en œuvre, va-t-elle être un frein ou au contraire stimuler la croissance.

« Nous constatons que les entreprises russes se tournent vers les dirigeants politiques du pays. Elles attendent de voir comment va être organisé le dialogue entre les entreprises et le gouvernement. Le processus de mise en œuvre de la loi en dépendra », a poursuivi Konstantin Simonov.

Evgueni Schwartz, directeur de la politique de la protection de l'environnement WWF de Russie, a exprimé l'idée que les marchés publics doivent nécessairement intégrer les paramètres environnementaux.

Dmitri Skobelev, directeur du Bureau des meilleures technologies disponibles, Rosstandrat a soutenu Konstantin Simonov dans l’idée que « nous sommes au stade de la formation des concepts, dans la phase de développement des applications pratiques, la documentation et les textes ne sont pas encore prêts et devront être retravaillés ».

Dans le débat qui a suivi, le représentant d’AFNOR Rus a déclaré qu'il est nécessaire de promouvoir l’efficacité énergétique dans les écoles, ainsi que d’améliorer les systèmes de refroidissement des petits détaillants alimentaires.

Vincent de Rul, directeur général, EDF Fenice Rus, a partagé l'expérience de la mise en œuvre des projets d'efficacité énergétique avec Avtovaz. La modernisation des compresseurs a permis des économies d'énergie de l'ordre de 40%; 17% pour l’optimisation du système de chauffage; l’installation de correcteurs de puissance a débouché sur 7% d'économie d'énergie et 60% d'économies de puissance réactive; plus 85% grâce à la mise à niveau du système d’éclairage. En ce qui concerne la situation actuelle de l'entreprise en matière de localisation de la production en Russie, selon Vincent de Ryul, 65-70% des projets de Fenice Rus en Russie sont mis en œuvre en utilisant des équipements et du matériel d’origine russe.

« Nous identifions un client potentiel auquel nous pouvons proposer des économies significatives, puis nous investissons (dans le cas d'Avtovaz nous investissons € 35.000.000), puis nous concluons un contrat de service énergétique pour 8 à 15 ans, en vertu duquel une partie de l'argent économisé va à la clientèle, et une autre à Fenice Rus au titre de retour sur investissement. Nous soulignons le fait que nous sommes engagés dans des projets de long terme, ». Ce dernier a ensuite présenté le mécanisme de financement des projets d'efficacité énergétique pour les entreprises russes.

Plus de matériaux de la conférence sur le site de la CCI France Russie.

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